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Locations saisonnières : l'Europe donne aux villes les moyens de réguler

Bruxelles prépare un dispositif législatif qui fixe le seuil d'intervention à huit fois le revenu disponible médian local: au-delà de ce ratio, les municipalités européennes pourront légalement…

Brieuc Lecigne·mis à jour 13 septembre 2026

Locations saisonnières : l'Europe donne aux villes les moyens de réguler

Bruxelles prépare un dispositif législatif qui fixe le seuil d'intervention à huit fois le revenu disponible médian local: au-delà de ce ratio, les municipalités européennes pourront légalement encadrer les locations meublées de courte durée et les acquisitions de résidences secondaires dans les « zones de tension résidentielle », selon le projet d'Affordable Housing Act.

Le mécanisme proposé

Le texte, encore en phase de proposition, définit une zone de tension comme un territoire où le coût du logement atteint ou dépasse huit fois le revenu disponible médian local, sur la base d'un historique de pression observable de trois ans. Au-delà de ce seuil, les autorités locales disposeront d'un fondement juridique pour limiter les locations touristiques à caractère commercial et les acquisitions de résidences secondaires. Le dispositif vise explicitement les locations fréquentes ou à grande échelle; les locations de résidence principale restent protégées.

Les restrictions activées devront s'accompagner d'un plan d'expansion du parc de logements abordables et seront soumises à une révision obligatoire tous les cinq ans. Sans cette contrepartie, les municipalités ne pourront pas maintenir les mesures dans la durée.

Lecture pour La Réunion

La Réunion, département français d'outre-mer soumis au droit européen, entre dans le périmètre du dispositif. Le texte ne classe pas lui-même les zones: il fournit aux autorités locales un outil juridique à activer si elles constatent la réunion des critères de tension. Sur une île au relief contraint, où la majorité des bungalows touristiques se concentre sur une frange littorale étroite — de Saint-Gilles à Saint-Pierre —, l'indicateur central à surveiller reste le ratio coût du logement / revenu médian.

La typologie des hébergements mérite aussi attention: un bungalow loué à l'année comme résidence secondaire exploitée commercialement relève a priori du dispositif, à la différence d'une location occasionnelle de résidence principale. Les meublés de tourisme gérés en location saisonnière intensive se situent donc en première ligne, sans que la résidence principale du loueur soit menacée.

Pour les communes, l'apport principal tient à la sécurité juridique. Les arrêtés municipaux isolés visant les meublés touristiques restent exposés au contentieux administratif. Un cadre européen offrirait une base légale supérieure plus difficile à contester, à condition que la transposition en droit français préserve les marges de manœuvre locales.

Ce qu'il faut surveiller

Trois étapes restent déterminantes: l'adoption finale du texte par le Parlement européen, sa transposition — ou non — en droit français, et la définition du périmètre géographique d'application, qui pourrait aller du département entier à des quartiers ciblés.

Pour les propriétaires de bungalows comme pour les gestionnaires de locations saisonnières, l'enjeu pratique tient à la prévisibilité: quels biens seront concernés, sous quel délai, avec quelles obligations compensatoires en matière de logement abordable. À ce stade, rien n'est contraint localement: le texte reste une proposition, et aucune municipalité réunionnaise ne s'est encore prononcée sur son activation.