Locations saisonnières : vers un encadrement européen des plateformes
Avec des plafonds quantitatifs envisagés dans les zones où l’accès au logement se dégrade, la Commission européenne prépare un changement de cadre pour les locations de courte durée, rapporte Reuters.
Brieuc Lecigne·mis à jour 07 septembre 2026

La mesure viserait notamment les plateformes comme Airbnb et les logements proposés à la nuitée dans les secteurs touristiques soumis à une forte tension locative. Elle ne constitue pas encore une règle applicable: le texte doit être présenté, puis discuté par les États membres et le Parlement européen.
Un mécanisme fondé sur la tension locative
Le projet s’inscrit dans l’« Affordable Housing Act », le dispositif européen consacré au logement abordable. Il prévoit d’harmoniser les critères permettant de déterminer si une zone connaît une pression suffisante pour justifier des restrictions sur les locations de courte durée.
Le premier indicateur serait le ratio entre le prix du logement et les revenus des ménages, ainsi que son évolution dans le temps. La Commission souhaite également tenir compte de la croissance démographique et de l’équilibre entre l’offre et la demande de logements. L’objectif affiché est d’éviter des restrictions générales, sans lien démontré avec la situation locale.
Les mesures devraient rester non discriminatoires, proportionnées et justifiées par l’intérêt public. Dans les secteurs considérés comme particulièrement tendus, les autorités pourraient privilégier des plafonds quantitatifs ou des règles permettant aux logements déjà exploités de continuer leur activité dans le respect des règles existantes. Le projet évoque ces solutions comme des alternatives possibles à une interdiction d’acquisition ou d’usage.
Ce que cela change pour les locations insulaires
Pour les marchés de bungalows et de maisons de vacances, le point décisif n’est pas le nom de la plateforme mais la méthode de calcul retenue localement. Une limitation pourrait dépendre de données sur le prix d’achat, les revenus, la démographie et le volume de logements disponibles. À ce stade, aucun seuil chiffré propre à La Réunion n’est établi dans les éléments disponibles.
Il faut donc distinguer trois niveaux. Le premier est européen: la Commission prépare le cadre. Le deuxième est national: les États membres devront examiner le texte. Le troisième est local: les autorités compétentes pourraient ensuite évaluer la tension du logement et choisir les instruments adaptés. Rien, dans les informations disponibles, ne permet de conclure à une limitation immédiate des locations de vacances à La Réunion.
Pour les propriétaires, le risque réglementaire à surveiller porte sur la capacité des collectivités à mesurer et à encadrer le parc de courte durée. Pour les voyageurs, l’enjeu est plus opérationnel: une réduction future de l’offre pourrait modifier la disponibilité des bungalows dans certaines zones, sans que cela soit encore quantifiable.
Une régulation déjà appuyée par les données
Le projet intervient après l’entrée en vigueur d’une réglementation européenne sur les données des locations de courte durée. Depuis mai, les plateformes doivent transmettre des informations aux administrations afin de permettre le suivi des annonces et l’identification des offres non conformes.
Cette base de données change la nature du contrôle. Les autorités ne dépendraient plus uniquement des déclarations des exploitants ou d’observations ponctuelles. Elles pourraient comparer l’offre de logements de courte durée avec les indicateurs de prix, de revenus et de disponibilité mentionnés dans le projet.
La Commission doit présenter l’Affordable Housing Act le 9 septembre. Le texte devra ensuite être débattu par les États membres et le Parlement européen dans les mois suivants avant une éventuelle adoption. D’ici là, les exploitants de bungalows ont surtout intérêt à vérifier la conformité de leurs annonces et à suivre les futures règles locales. Pour les locataires, la variable à observer sera la définition précise des zones dites « sous tension », davantage que l’annonce générale d’un encadrement européen.